Attack the Block (Joe Cornish, 2011)

Un gang d’adolescents fait face à une invasion de féroces extraterrestres. Leur affrontement transforme une cité de Londres en une cour de récréation futuriste, un immeuble en une forteresse assiégée et des zonards en héros…

Après Scott Pilgrim, voilà encore une grande réussite de la distribution française : un film dont j’ai du profiter d’être en vacances à Paris pour avoir la possibilité de le voir dans une des 4 dernières salles qui le diffusaient. Bravo.

Bon alors soyons clairs, les sites américains qui annoncent avec enthousiasme le meilleur film de l’année exagèrent un tout petit peu leur amour. Le film est très bon, excellent, enthousiasmant en effet, mais faut pas déconner. Rien que le côté novice de Cornish derrière la caméra le disqualifie assez rapidement à la tête du palmarès annuel.

C’est surtout le début du film qui pêche, pour être honnête. Au niveau de la tonalité, on est content de voir que le sujet est pris au sérieux et pas un moyen d’intégrer des blagues de merde tendance Europa Corp. Non, on commence brutal (agression de Sam par la bande de gamins), on continue brutal (assassinat très rapide du premier alien), et on restera brutal jusqu’à la fin.  C’est juste un tout petit peu trop au départ, où l’exposition aurait demandé moins de nerfs à vif ; pas forcément pour rendre les personnages plus sympathiques, c’est pas le souci, mais simplement parce que c’est plus agréable de regarder un film qui brosse avec un peigne plutôt qu’un brosse métallique.

Mais ça c’est du reproche négligeable. On pourrait aussi reprocher à Cornish de ne pas être excellent réalisateur, mais pour une première il s’en sort encore honorablement. Un peu plus gênant, il sait très bien que son histoire ne peut pas tenir 90 minutes alors il multiplie les intrigues et personnages secondaires (les gamins Problème et Chaos, Ron, Hi-Hatz) qui ne sont pas toutes très intéressantes. Et surtout, le procédé se remarque assez vite. Mais encore une fois, le film est sauvé par son principal atout : il s’envisage dès le départ (fabuleux premier plan) comme une série B sans prétention autre que de divertir sans abrutir (c’est noble, hein, mais bon).

Et il y réussi formidablement. Malgré une première partie un peu longue (mais dans un schéma habituel de série B), le film finit par trouver sa véritable ampleur dès que l’action se concentre uniquement dans le bloc d’habitation. On assiste alors à une scène de bataille dans un couloir enfumé absolument formidable, et à une dernière scène d’action où le héros trouve enfin son courage et prend en main sa destinée héroïque. Rien que pour ces deux moments là, et encore pour toutes les autres réussites qui certes ressortent un peu moins, le film est bien au-dessus du tout venant de l’action actuelle. Fait avec des moyens dérisoires, dans des décors restreints mais avec énormément d’envie et autant d’imagination (le design des aliens, merveille d’efficacité : absolument noirs, toufus/flous, avec juste des dents lumineuses. Des trucs faciles à faire et bien flippants, en somme), le film aurait largement mérité sa chance dans les salles françaises.

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Notes après une deuxième vision :

C’est vraiment bien. Les anglais ont un truc pour écrire des films avec un potentiel de culte incroyable. Les défauts de la première vision s’effacent complètement pour laisser apparaître la fluidité de l’écriture, la mécanique parfaite des sous-intrigues qui s’imbriquent et donnent tout leur sens à la présence de certains personnages (à commencer par les deux gamins, qui ne sont définitivement PAS que des comic-reliefs : ils sont inconsciemment la cause de la mort d’un personnage en lui donnant un pistolet en plastique en croyant que c’est un vrai, et ils sont un gros élément badass quand ils crament un alien à eux seuls).

Le personnage de Hi-Hatz est toujours un peu moins réussi, mais il est nécessaire dans le sens où il représente encore un danger supplémentaire pour la bande de héros et qu’en cela il donne un surplus de tension au film (on fait le compte des antagonistes : les aliens, Hi-Hatz et sa bande, les flics, et pendant un moment, Sam. Tout ça à gérer en 1H30.)

Et puis le film se garde un finale grandiose, et c’est pas pour rien dans sa réussite. Ce que Cornish appelle le « Hero Run », quand Moses attire les aliens chez lui au ralenti et avec une musique parfaite, c’est tous les poils de ton corps au garde à vous. Sans parler de la toute fin, où la foule entonne le nom de son nouveau héros. Il y a vraiment quelque chose de fort là dedans, qui aurait pu très facilement tomber dans le ridicule si les 85 minutes de film qui précèdent n’avaient pas été aussi bien écrites, n’avaient pas pris autant de soin à développer ces personnages et leur parcours pour en arriver à cette reconnaissance (pas une rédemption !) partielle et éclatante. Y’a vraiment des leçons d’écriture à tirer de ce film.

Et pour la peine je rajoute des liens :

– une interview de Wright et Cornish sur Film School Rejects,

Carson Reeves joue au pisse-froid sur le scénario,

– une interview de Cornish seul,

– Cornish qui parle de la génèse du film,

– et enfin les 3 articles de HULK, que je lirais en entier un jour !

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